Guerre de Classe présente :

GAZETTE RADICALE DE LA CRISE TERMINALE DU CAPITAL
– Juin 2026 –

Tout ce qui était sacré est profané… et les hommes sont forcés enfin d’envisager leurs conditions d’existence et leurs rapports réciproques avec des yeux désabusés…

LE COSMOPOLITISME DE LA MARCHANDISE EST EN TRAIN DE CREVER ET TOUTE LA POURRITURE THANATIQUE DE LA COMMERCIALISATION DES HOMMES ÉCLATE AU GRAND JOUR…

… ALORS LE PROLÉTARIAT UNIVERSEL VA SE LEVER COMME NÉGATION RÉVOLUTIONNAIRE DE TOUTE LA MERDE DE L’ÉCONOMIE ET DE LA POLITIQUE…

Intervenants : Francis Cousin et Michel


 
Alle Dinge sind an sich selbst widersprechend…

Toutes les choses sont en leur soi-même contradictoires…

Hegel, Science de la logique, l’Essence

La passion en tant qu’énergie du vouloir…

(die Energie des Wollens)

Hegel, Introduction à la philosophie de l’histoire

Anaxagore avait dit le premier que le « Noûs (νος) » gouverne le monde, mais c’est maintenant seulement, avec la Révolution française, que l’homme est parvenu à reconnaître que la pensée doit régir la réalité spirituelle. C’était donc là un super lever de soleil. Tous les êtres pensants ont célébré cette époque. Une émotion sublime a régné en ce temps-là ; l’enthousiasme de l’esprit a fait frissonner le monde, comme si à ce moment seulement on en était arrivé à une véritable réconciliation du divin avec le monde…

Hegel, Philosophie de l’Histoire

La passion est toute l’humanité…

Balzac, Avant-propos de la Comédie humaine

Pour abolir l’idée de la propriété privée, le communisme pensé suffit entièrement. Pour abolir la propriété privée réelle, il faut une action communiste réelle. L’histoire l’apportera et ce mouvement, dont nous savons déjà en pensée qu’il s’abolit lui-même, passera dans la réalité par un processus très rude et très étendu. Mais nous devons considérer comme un progrès réel que, de prime abord, nous ayons acquis une conscience tant de la limitation que du but du mouvement historique, et une conscience qui le dépasse.

Marx, Manuscrits de 1844

La bourgeoisie a joué dans l’histoire un rôle éminemment révolutionnaire.

Partout où elle a conquis le pouvoir, elle a foulé aux pieds les relations féodales, patriarcales et idylliques. Tous les liens complexes et variés qui unissent l’homme féodal à ses “supérieurs naturels”, elle les a brisés sans pitié pour ne laisser subsister d’autre lien, entre l’homme et l’homme, que le froid intérêt, les dures exigences du “paiement au comptant”. Elle a noyé les frissons sacrés de l’extase religieuse, de l’enthousiasme chevaleresque, de la sentimentalité petite-bourgeoise dans les eaux glacées du calcul égoïste. Elle a fait de la dignité personnelle une simple valeur d’échange ; elle a substitué aux nombreuses libertés, si chèrement conquises, l’unique et impitoyable liberté du commerce. En un mot, à la place de l’exploitation que masquaient les illusions religieuses et politiques, elle a mis une exploitation ouverte, éhontée, directe, brutale. 

La bourgeoisie a dépouillé de leur auréole toutes les activités qui passaient jusque-là pour vénérables et qu’on considérait avec un saint respect. Le médecin, le juriste, le prêtre, le poète, le savant, elle en a fait des salariés à ses gages. 

La bourgeoisie a déchiré le voile de sentimentalité qui recouvrait les relations de famille et les a réduites à n’être que de simples rapports d’argent.

Le Manifeste communiste

Qu’est-ce que la société, quelle que soit sa forme ? Le produit de l’action réciproque des hommes. Les hommes sont-ils libres de choisir telle ou telle forme sociale ? Pas du tout. Posez un certain niveau de développement des facultés productives des hommes et vous aurez telle forme de commerce et de consommation. Posez certains seuils de développement de la production, du commerce, de la consommation, et vous aurez telle forme de constitution sociale, telle organisation de la famille, des ordres et des classes, en un mot, telle société civile. Posez telle société civile, et vous aurez tel État politique, qui n’est que l’expression officielle de la société civile.

Marx, Lettre à Annenkov du 28 décembre 1846

La production capitaliste n’est pas seulement reproduction du rapport (de ses propres conditions de production), elle en est la reproduction à une échelle toujours plus élargie

Marx, Chapitre inédit du Capital

À propos du « diable au corps », nous avons rappelé que chez Marx le Capital a la fonction démoniaque d’incorporer du travail vivant au travail mort devenu chose.

Amadeo Bordiga, Homicide des morts

Dans ce développement complexe et terrible qui a emporté l’époque des luttes de classes vers de nouvelles conditions, le prolétariat des pays industriels a complètement perdu l’affirmation de sa perspective autonome et, en dernière analyse, ses illusions, mais non son être. Il n’est pas supprimé. Il demeure irréductiblement existant dans l’aliénation intensifiée du capitalisme moderne : il est l’immense majorité des travailleurs qui ont perdu tout pouvoir sur l’emploi de leur vie, et qui, dès qu’ils le savent, se redéfinissent comme le prolétariat, le négatif à l’œuvre dans cette société. Ce prolétariat est objectivement renforcé par le mouvement de disparition de la paysannerie, comme par l’extension de la logique du travail en usine qui s’applique à une grande partie des « services » et des professions intellectuelles. C’est subjectivement que ce prolétariat est encore éloigné de sa conscience pratique de classe, non seulement chez les employés mais aussi chez les ouvriers qui n’ont encore découvert que l’impuissance et la mystification de la vieille politique. Cependant, quand le prolétariat découvre que sa propre force extériorisée concourt au renforcement permanent de la société capitaliste, non plus seulement sous la forme de son travail, mais aussi sous la forme des syndicats, des partis ou de la puissance étatique qu’il avait constitués pour s’émanciper, il découvre aussi par l’expérience historique concrète qu’il est la classe totalement ennemie de toute extériorisation figée et de toute spécialisation du pouvoir. Il porte la révolution qui ne peut rien laisser à l’extérieur d’elle-même, l’exigence de la domination permanente du présent sur le passé, et la critique totale de la séparation ; et c’est cela dont il doit trouver la forme adéquate dans l’action. Aucune amélioration quantitative de sa misère, aucune illusion d’intégration hiérarchique, ne sont un remède durable à son insatisfaction, car le prolétariat ne peut se reconnaître véridiquement dans un tort particulier qu’il aurait subi ni donc dans la réparation d’un tort particulier, ni d’un grand nombre de ces torts, mais seulement dans le tort absolu d’être rejeté en marge de la vie.

Guy Debord, La Société du Spectacle

La décadence générale est un moyen au service de l’empire de la servitude ; et c’est seulement en tant qu’elle est ce moyen qu’il lui est permis de se faire appeler progrès. 

Guy Debord, Panégyrique

J’avais passé ma jeunesse en compagnie de Castoriadis à Socialisme ou Barbarie, puis de Guy Debord avec l’Internationale Situationniste, à réfléchir aux mécanismes et aux déterminations de la trahison des organisations et mouvements issus du mouvement social de la classe ouvrière, qui en viennent à se considérer eux-mêmes comme une fin, et à considérer leur propre pouvoir comme “le pouvoir de la classe ouvrière”.

Pierre Guillaume, La Vieille Taupe, Bulletin N. 9, Décembre 1997

L’amour vrai ne peut surgir que sur le mode de l’anti-appropriation et donc en total refus des logiques séductrices de l’en-fermer dans le spectacle de l’afficher, du parader ou du plastronner. L’homme séparé de la vie de l’être et de plus en plus séparé de l’être de sa vie, se trouve évidemment de plus en plus séparé du vrai jouir cosmique capturé, pillé et singé par l’amour de la marchandise, côté pile, et par la marchandise de l’amour, côté face. Le marché de la désespérance amoureuse et l’incommensurable imposture de ses fausses satisfactions révèle la communication infiniment illusoire de la société de l’avoir qui ne fait qu’amasser et agréger des solitudes qui même ensemble finalement restent toujours désespérément seules. 

Le narcissisme, fondement spectaculaire du marché de l’estime de soi constitue historiquement une composante commerciale classique de toute personnalité drapée en personnage et vivant dans la société de l’avoir. Lorsqu’il est exacerbé sur le terrain de la concurrence et de la représentation dévorantes, on peut évidemment aboutir à l’exaspération rageuse du personnage narcissique qui s’enferme dans le besoin paroxystique d’être miré et admiré lequel donne lieu à un manque simultané de reconnaissance d’autrui et une complète absence d’empathie. Le narcissisme est le fondement de la fausse confiance en l’image de soi, il est donc normal que plus avance la domination spectaculaire de la pathologie marchande, plus le narcissisme se contracte, se convulse et se hérisse puisqu’il est évident que l’impuissance à jouir en vérité implique proportionnellement que celle-ci se camoufle et se travestisse pour séduire, tromper, assujettir et vampiriser.

 L’Être contre l’Avoir

Cette dialectique générale de déconstruction/reconstruction/absorption de tous les aspects de la vie, Marx l’appelait la domination réelle totalement réalisée du spectacle du fétichisme de la marchandise pour dénoncer le fait que cela aboutirait finalement à une totale indistinction chaotique et technologique du monde réel puisque tout serait là «  indifférencié dans une permutation universelle qui réécrirait tout à l’envers dans l’indistinction et l’inversion de toutes les qualités naturelles et humaines » (Manuscrits de 1844). Dans cette théologie constructiviste de l’argent, l’univers entier est une vaste manufacture mondiale de l’intelligence artificielle où les processus bioniques de numérisation des espaces et du cerveau et de re-constructions génétiques s’imposent comme gigantesque usine comportementale de la quantité et du nombre planétairement standardisés dans la pathologie de l’inversion complète du vivant comme champ de développement de l’in-humain spectaculaire.

 Guerre de Classe, La réification totale du sexe humain comme stade suprême de l’impérialisme de la marchandise