La Géographie n’est pas autre chose que l’Histoire qui se vit dans l’Espace, de même que l’Histoire est la Géographie qui se fait vie du Temps…
Plus de propriété individuelle des terres, la terre n’est à personne. Nous réclamons, nous voulons la jouissance communale des fruits de la terre : les fruits sont à tout le monde.
Manifeste des Égaux
Qu’on démolisse la vieille société : on trouvera la nouvelle sous les décombres ; le dernier coup de pioche l’amènera au jour triomphante.
Auguste Blanqui, Sur la Révolution – 1850
La plus grande division du travail matériel et intellectuel est la séparation de la ville et de la campagne. L’opposition entre la ville et la campagne fait son apparition avec le passage de la barbarie à la civilisation, de l’organisation tribale à l’État, du provincialisme à la nation, et elle persiste à travers toute l’histoire de la civilisation jusqu’à nos jours…
… L’abolition de cette opposition entre la ville et la campagne est l’une des premières conditions de la communauté, et cette condition dépend à son tour d’une masse de conditions matérielles préalables que la simple volonté ne suffit pas à réaliser, comme tout le monde peut le constater du premier coup d’œil. Encore faut-il évidemment que ces conditions soient effectivement développées…
Marx-Engels, L’Idéologie allemande
Plus tard, nous rendrons compte de la révolution provoquée par la grande industrie dans l’agriculture et dans les rapports sociaux de ses agents de production. Il nous suffit d’indiquer ici brièvement et par anticipation quelques résultats généraux. Si l’emploi des machines dans l’agriculture est exempt en grande partie des inconvénients et des dangers physiques auxquels il expose l’ouvrier de fabrique, sa tendance à supprimer, à déplacer le travailleur, s’y réalise avec beaucoup plus d’intensité et sans contrecoup. Dans les comtés de Suffolk et de Cambridge, par exemple, la superficie des terres cultivées s’est considérablement augmentée pendant les derniers vingt ans, tandis que la population rurale a subi une diminution non seulement relative, mais absolue. Dans les États-Unis du Nord de l’Amérique, les machines agricoles remplacent l’homme virtuellement, en mettant un nombre égal de travailleurs à même de cultiver une plus grande superficie, mais elles ne le chassent pas encore actuellement. En Angleterre, elles dépeuplent les campagnes. C’est se tromper étrangement que de croire que le nouveau travail agricole à la machine fait compensation. En 1861, il n’y avait que mille deux cent cinq ouvriers ruraux occupés aux machines agricoles, engins à vapeur et machines-outils, dont la fabrication employait un nombre d’ouvriers industriels à peu près égal.
Dans la sphère de l’agriculture, la grande industrie agit plus révolutionnairement que partout ailleurs en ce sens qu’elle fait disparaître le paysan, le rempart de l’ancienne société, et lui substitue le salarié. Les besoins de transformation sociale et la lutte des classes sont ainsi ramenés dans les campagnes au même niveau que dans les villes.
L’exploitation la plus routinière et la plus irrationnelle est remplacée par l’application technologique de la science. Le mode de production capitaliste rompt définitivement entre l’agriculture et la manufacture le lien qui les unissait dans leur enfance ; mais il crée en même temps les conditions matérielles d’une synthèse nouvelle et supérieure, c’est-à-dire l’union de l’agriculture et de l’industrie sur la base du développement que chacune d’elles acquiert pendant la période de leur séparation complète. Avec la prépondérance toujours croissante de la population des villes qu’elle agglomère dans de grands centres, la production capitaliste d’une part accumule la force motrice historique de la société ; d’autre part elle détruit non seulement la santé physique des ouvriers urbains et la vie intellectuelle des travailleurs rustiques, mais trouble encore la circulation matérielle entre l’homme et la terre, en rendant de plus en plus difficile la restitution de ses éléments de fertilité, des ingrédients chimiques qui lui sont enlevés et usés sous forme d’aliments, de vêtements, etc. Mais en bouleversant les conditions dans lesquelles une société arriérée accomplit presque spontanément cette circulation, elle force de la rétablir d’une manière systématique, sous une forme appropriée au développement humain intégral et comme loi régulatrice de la production sociale.
Dans l’agriculture comme dans la manufacture, la transformation capitaliste de la production semble n’être que le martyrologue du producteur, le moyen de travail que le moyen de dompter, d’exploiter et d’appauvrir le travailleur, la combinaison sociale du travail que l’oppression organisée de sa vitalité, de sa liberté et de son indépendance individuelles. La dissémination des travailleurs agricoles sur de plus grandes surfaces brise leur force de résistance, tandis que la concentration augmente celle des ouvriers urbains. Dans l’agriculture moderne, de même que dans l’industrie des villes, l’accroissement de productivité et le rendement supérieur du travail s’achètent au prix de la destruction et du tarissement de la force de travail. En outre, chaque progrès de l’agriculture capitaliste est un progrès non seulement dans l’art d’exploiter le travailleur, mais encore dans l’art de dépouiller le sol ; chaque progrès dans l’art d’accroître sa fertilité pour un temps, un progrès dans la ruine de ses sources durables de fertilité. Plus un pays, les États-Unis du nord de l’Amérique, par exemple, se développe sur la base de la grande industrie, plus ce procès de destruction s’accomplit rapidement. La production capitaliste ne développe donc la technique et la combinaison du procès de production sociale qu’en épuisant en même temps les deux sources d’où jaillit toute richesse :
La terre et le travailleur.
Karl MARX, Le Capital – Livre premier
Le développement de la production capitaliste
IV° section : La production de la plus-value relative
Chapitre XV : Machinisme et grande industrie
X. – Grande industrie et agriculture
Supprimer la production marchande, c’est substituer à la production pour la vente la production destinée à satisfaire les besoins de chacun…
… En fait, ce sont les capitalistes, qui, comme nous l’avons vu exproprient paysans et artisans. La société socialiste mettra, elle, un terme à cette expropriation.
Karl Kautsky, Le Programme socialiste – 1892
Sinon votre sort à venir est horrible, car nous sommes dans un âge de science et de méthode et nos gouvernants, servis par l’armée des chimistes et des professeurs, vous préparent une organisation sociale dans laquelle tout sera réglé comme dans une usine, où la machine dirigera tout, même les hommes, où ceux-ci seront de simples rouages que l’on changera comme de vieux fers quand ils se mêleront de raisonner et de vouloir.
Élisée Reclus, À mon Frère le paysan – 1899
Le développement de la production capitaliste arrache à l’économie paysanne tous ses métiers l’un après l’autre pour les concentrer dans la production massive industrielle.
Rosa Luxemburg, L’Accumulation du Capital
L’amour du passé n’a rien à voir avec une orientation politique réactionnaire. Comme toutes les activités humaines, la révolution puise toute sa sève dans une tradition. Marx l’a si bien senti qu’il a tenu à faire remonter cette tradition aux âges les plus lointains en faisant de la lutte des classes l’unique principe d’explication historique…
… Le problème du déracinement paysan n’est pas moins grave que celui du déracinement ouvrier. Quoique la maladie soit moins avancée, elle a quelque chose d’encore plus scandaleux ; car il est contre nature que la terre soit cultivée par des êtres déracinés. Il faut accorder la même attention aux deux problèmes…
… L’ordre du monde, c’est la beauté du monde. Seul diffère le régime de l’attention, selon qu’on essaie de concevoir les relations nécessaires qui le composent ou d’en contempler l’éclat.
Simone Weil, L’Enracinement
Mais le capitalisme ne veut toujours pas s’arrêter, et en fait, dans ce domaine comme dans tous les autres, il ne le peut pas. C’est même ce phénomène très important qui le définit. Ce sont en effet les mesures quantitatives qui comptent, et non les étiquettes qualitatives, politiques et propagandistes. Tout ce qui réduit l’espace de l’homme est capitalisme…
… Dans l’industrie mécanique, l’utilisation de machines automatiques ou actionnées à distance par un nombre très réduit de techniciens qui manœuvrent des tableaux de commande a permis de simplifier une quantité énorme d’opérations qui autrefois étaient exécutées par des groupes de travailleurs manuels et par une gamme d’ouvriers spécialisés. En proportion, la superficie des usines Fiat a augmenté bien plus que le nombre des ouvriers, et l’augmentation de la production a été plus grande encore. Marx avait déjà pu décrire la révolution qui suivit le remplacement du métier manuel par le métier mécanique dans l’industrie textile, qui entraîna une chute brutale du nombre des travailleurs pour une même quantité de fuseaux. Dans la minoterie, on a aujourd’hui des moulins mécaniques où tout l’outillage obéit à un seul opérateur, depuis le déversement du blé dans les trémies jusqu’à la sortie des sacs de farine. Et ainsi de suite.
Même sur la terre arable, quand le tracteur remplace la bêche ou la charrue tirée par des bêtes, il y a une baisse énorme du nombre des paysans pour une même ferme et pour une même superficie de terrain cultivé.
Enfin on peut donner un autre exemple tiré de la navigation. À l’époque des trirèmes et des galères, un navire de quelques dizaines de tonneaux contenait plus d’une centaine de rameurs, esclaves ou prisonniers, enchaînés aux bancs. Aujourd’hui, un personnel beaucoup plus réduit, inférieur en nombre même au personnel des voiliers les moins anciens, suffit à la propulsion et à la manœuvre d’un transatlantique de 5 000 tonnes…
… Quand, après avoir écrasé par la force cette dictature chaque jour plus obscène, il sera possible de subordonner chaque solution et chaque plan à l’amélioration des conditions du travail vivant, en façonnant dans ce but ce qui est du travail mort, le capital constant, l’infrastructure que l’espèce homme a donnée au cours des siècles et continue de donner à la croûte terrestre, alors le verticalisme brut des monstres de ciment sera ridiculisé et supprimé, et dans les immenses étendues d’espace horizontal, les villes géantes une fois dégonflées, la force et l’intelligence de l’animal-homme tendront progressivement à rendre uniformes sur les terres habitables la densité de la vie et celle du travail ; et ces forces seront désormais en harmonie, et non plus farouchement ennemies comme dans la civilisation difforme d’aujourd’hui, où elles ne sont réunies que par le spectre de la servitude et de la faim.
Amadeo Bordiga, Espace contre ciment – 1953
L’homme est le mouvement de vie de la terre consciente, ce que dit le mot latin humus comme le mot homo (homme) qui proviennent tous deux comme humilis d’ailleurs de la racine indo-européenne ghyom (en grec gaïa) qui signifiait la matière de terre. La gens dans ces âges reculés matérialisait là la famille large de terre communautaire, maintenant son unité de génération en génération. Le mot issu de cette terre en partage est lié à genus (naissance) et generare (engendrer), et il émane de cette provenance gen– qui dit la souche de vie du génos et de la genèse de la vie primordiale. L’humilité est cette position historique d’élévation en la vie du sol de terre qui sait que c’est le près du sol qui seul permet le vrai savoir en tant que com-prendre, c’est prendre avec soi la terre du sol vivant puisque connaître, c’est accepter humblement d’admettre la splendeur du non-vendable contre tous les convoiteux enregistrements comptables (mathématiques, physiques, chimiques, géo-politiques, sociologiques…) de la prise de possession qui veulent dé-couper la terre de vie en parcelles aliénées de rentabilités.
L’ÊTRE CONTRE L’AVOIR
Travailleur sur-exploité de la tumultueuse Terre d’Europe, de France et de partout ailleurs… Même si tu ne le sais pas encore, tu n’es plus qu’un simple prolétaire asservi de l’Usine Globale, c’est-à-dire un résidu d’homme en ridicule programmation uniformisée, sans aucune influence sur ton existence suicidaire, vendu chaque jour par tous les syndicats gouvernementaux pour que la politique économique européiste de ton sur-asservissement programmé parvienne au terme du diktat des sordides flics de Bruxelles et de Washington…
À l’usine, dans les bureaux, dans les boutiques, dans les ateliers de tradition, au chômage ou sur les lopins de terre de l’emprisonnement contemporain, nous ne sommes tous que des sans-réserves dépossédés de leur existence… Mais ce monde de la crise totale de la quantité marchande totalitaire est en train de s’effondrer… Qu’il crève donc au plus vite en emportant dans sa chute finale tous les gangs gouvernementalistes de la pourriture mercantile !
GUERRE DE CLASSE, TUMULTE 2024, 2025, 2026…








