LA DIALECTIQUE HISTORIQUE DU MOUVEMENT RÉEL EST TOTALE NÉCESSITÉ VÉRIFIÉE CAR ELLE EST LA RÉALISATION DIALECTIQUE NÉCESSAIRE DES MOUVEMENTS DE TOUTE L’HISTOIRE VÉRITABLE…
Lorsqu’une chose ne peut pas être autrement qu’elle n’est, nous disons qu’il est nécessaire qu’il en soit ainsi.
Aristote, Métaphysique, ∆ 5
Le communisme n’est pour nous ni un état qui doit être créé, ni un idéal sur lequel la réalité devra se régler. Nous appelons communisme le mouvement réel qui abolit l’état actuel. Les conditions de ce mouvement résultent des prémisses actuellement existantes…
… Le prolétariat ne peut donc exister qu’à l’échelle de l’histoire universelle, de même que le communisme, qui en est l’action, ne peut absolument pas se rencontrer autrement qu’en tant qu’existence “historique universelle”. Existence historique universelle des individus, autrement dit, existence des individus directement liée à l’histoire universelle.
Marx-Engels, L’Idéologie allemande
Votre idée du malheur ? La soumission…
Marx, La Confession
Tout pas en avant du mouvement réel vaut plus qu’une douzaine de programmes…
Au reste, le vieil Hegel disait déjà : un parti éprouve qu’il vaincra en se divisant – et supportant la scission. Le mouvement du prolétariat passe nécessairement par divers stades de développement. À chaque stade, une partie des gens reste accrochée et ne réussit pas à passer le cap.
Marx-Engels, Sur l’organisation, juin 1873
La liberté n’est pas dans une indépendance rêvée à l’égard des lois de la nature mais dans la connaissance de ces lois et dans la possibilité donnée par là même de les mettre en œuvre méthodiquement pour des fins déterminées.
Engels, Anti-Dühring
La conception communiste et le déterminisme économique ne font pas des communistes des spectateurs passifs du devenir historique, mais au contraire d’infatigables lutteurs. La lutte et l’action deviendraient pourtant inefficaces si elles se séparaient des conclusions de la doctrine et de l’expérience critique communiste.
Amadeo Bordiga, Thèses de la fraction communiste – juin 1920
Lénine et le « léninisme » sont de nos jours universellement considérés, aussi bien par ceux qui se croient révolutionnaires, que par ceux qui se croient contre-révolutionnaires, comme le paradigme de la « Révolution », et le parti bolchevik comme le paradigme de l’organisation révolutionnaire…
Le parti bolchevik prenait des mesures draconiennes pour lutter contre la « répression policière » et donc la surveillance, et l’infiltration par la police d’espions dans le parti. Parmi ces mesures, les cellules cloisonnées, l’usage de pseudonymes, et quelques autres mesures encore… Les partis trotskistes continuent à utiliser religieusement ces méthodes… qui ne servent rigoureusement à rien, ou plutôt qui servent à tout autre chose que ce à quoi elles prétendent servir. Nous y reviendrons. Mais elles ne servent à rien sur le plan où elles prétendent servir, de la sécurité et de la lutte contre la pénétration d’espions, d’agents doubles, de provocateurs. Tout au contraire, ce sont les précautions particulières qui servent à désigner à la curiosité mal intentionnée les lieux et les personnes détentrices de pouvoirs et d’éventuels secrets importants. Ensuite, les moyens de contourner ou de franchir les obstacles « sécuritaires » ne manquent pas.
Une preuve de ce que j’avance ? Outre ses activités idéologiques et politiques, le parti bolchevik avait des activités moins avouables, illégales et « secrètes ». Pour traiter de ces questions, Lénine faisait sortir tout le Comité central. Mais, à la fois pour assurer une continuité de certains liens en cas de disparition accidentelle ou d’arrestation, et pour maintenir le principe d’une « collégialité » des décisions en ces affaires « spéciales », Lénine en discutait en comité restreint de seulement trois membres, parmi lesquels figurait… l’infiltré de l’Okhrana !
Tout à fait certain de l’anecdote, mais pas entièrement confiant en ma mémoire du nom de cet infiltré célèbre, je tapais dans Google « Manouilski ». Ce qui contribua à me rappeler qu’un certain Dimitri Manouilski, stalinien notoire, avait résumé en une phrase toute la subtilité stratégique et tactique de « l’antifascisme » avec lequel la canaille politicienne nous enfume : « Accusez vos adversaires de fascisme, le temps qu’ils se justifient vous aurez tout loisir de leur porter de nouvelles attaques ».
Mais Manouilski n’était pas le nom que je cherchais. J’eus l’idée de taper Okhrana. Et je tombais, dans Wikipédia, sur un article si excellent que je le reproduis en annexe. Wikipédia est cette « Encyclopédie libre » généralement très « politiquement correcte » dont nous aurons à reparler, mais ici l’information est exacte. Le nom que je cherchais est Malinovski. Dans la foulée, j’eus l’idée de taper « Mossad ». Wikipédia n’est pas mal non plus. Elle reproduit pour l’essentiel le site quasi officiel, que je reproduis aussi en annexe. Contentez-vous de lire soigneusement ces deux articles, parfaitement autorisés, reproduits en annexe à la fin du présent texte, et interrogez-vous une seconde si la thèse officielle concernant le 9/11 (le bombardement non conventionnel du World Trade Center le 11 septembre 2001) a la moindre chance d’être véridique.
Mais si je connaissais depuis longtemps cet exemple historique célèbre, j’avais aussi assisté, désolé et impuissant, à la dérive « terroriste » de camarades, dans Action Directe, qui ne semblaient pas s’être aperçus que d’habiles manipulateurs leur désignaient des cibles, pour des motifs autres que ceux qu’ils croyaient. Ils jouaient ainsi leur rôle dans la société du spectacle, selon un scénario qui les dépassait. J’ai aussi fini par comprendre, en rencontrant dans les années 80, dans des réunions de milieux d’extrême droite, que je découvrais, des militants que j’avais connus 20 ans plus tôt, anarchistes, gauchistes et « autonomes » particulièrement excités, qu’ils étaient pour la plupart des policiers que la conjoncture politique avait conduits à changer de secteur d’activité. Apparemment personne n’avait décelé leur véritable nature de policiers, ni à gauche, ni à droite.
Une expérience personnelle, plus que toute autre avait contribué à m’ouvrir les yeux.
Ou, plus exactement, puisque mes yeux étaient depuis longtemps ouverts, avait contribué à me faire comprendre que cette « conscience abstraite » ne suffisait pas, et qu’il fallait en tirer des conséquences pratiques et théoriques. À commencer par ne pas entretenir d’illusions, et bazarder tout le fatras prétendument sécuritaire et le moralisme construit autour. Il fait perdre beaucoup d’énergie et de temps pour… rien, quand il ne sert pas à entretenir la méfiance de tous contre tous, et aux habiles à organiser la zizanie permanente.
C’était pendant l’agitation étudiante et lycéenne contre la loi Devaquet. Une grande manif était en gestation au Quartier Latin. Je tombe par hasard, au café « Le Nicot Latin », rue St Jacques, pour être précis, sur une femme que j’avais eu la surprise de revoir, dans des circonstances qui ne nous avaient pas permis de nous parler, à une quelconque réunion gauchiste, à l’AGÉCA, à laquelle je m’étais rendu, peu de temps auparavant. J’avais donc eu la surprise de voir qu’elle n’avait pas dételé ! Je l’avais connue vingt ans plus tôt, à Socialisme ou Barbarie, puis à Pouvoir Ouvrier ! et je l’avais ensuite perdue de vue, quand le groupe Pouvoir Ouvrier avait explosé en vol (1967) à la suite d’une provocation dont je ne prétends pas avoir démêlé tous les tenants et les aboutissants, mais à laquelle elle n’avait absolument pas participé. C’était une militante discrète et j’avais, tout le monde avait, une confiance totale en elle.
Pour préciser les choses, le groupe devait comporter une trentaine de personnes, à tout casser, sur la région parisienne, et une dizaine en province. Surprise de se rencontrer ! Nostalgie ! Elle avait « bien vieilli » ! Je veux dire qu’avec, comme moi, vingt années de plus, elle avait très bonne mine. Nous échangeons quelques mots où je manifeste mon désir de parler mais elle était pressée ! Elle avait, dans les minutes qui suivaient, un rendez-vous avec Isabelle Thomas, la nouvelle égérie du mouvement étudiant en cours. Je m’enquérais immédiatement des motifs de ce rendez-vous insolite avec une personnalité médiatique du moment.
— « Comment ! T’as pas encore compris ? »
Elle était policier ! Et elle l’était déjà lorsqu’elle militait, vingt ans plus tôt !
Que faut-il en penser ? Que la police surveille et fait son travail. Et que ça vaut peut-être mieux quand on voit et que l’on connaît un peu tous les connards qui prétendent diriger le Prolétariat et prendre le Pouvoir !
Et qu’est-ce que ça change sur le processus social d’élaboration et de circulation des idées ?
— Rien !
Et qu’est-ce que ça change sur le processus de matérialisation des idées, quand la réalité tend vers la pensée et que la pensée tend vers la réalité ? Rien !
Et qu’est-ce que ça change quand la réalité ne tend pas vers la pensée ! et que l’arrêt-de-la-pensée, selon la formule d’Orwell, submerge toute la société ? Encore moins que rien !
En quoi la surveillance policière a-t-elle jamais empêché d’advenir ce qui devait advenir ?
En quoi la lucidité pure, la lucidité abstraite, a-t-elle jamais… ?
Si cette question vous trouble, réfléchissez à ce qu’il est advenu de la Russie dite soviétique, et de l’Allemagne de l’Est, en dépit d’une surveillance policière infiniment plus développée encore, et une répression bien plus sauvage et vicieuse.
Je ne prétends pas être beaucoup plus malin que Lénine. Je ne dispose pas des appuis dont il a pu disposer, ni des moyens. Dans les années précédant la Révolution russe, tout ce qui était anti-tsariste bénéficiait d’un préjugé favorable dans « l’opinion internationale » de l’époque et d’appuis divers du lobby qui n’existe pas, déjà. Ce qui n’est pas précisément le cas de la Vieille Taupe, qui ne peut s’appuyer que sur la haine universelle dont elle est l’objet ! Elle ne dispose d’aucun appui, pas même de celui de « l’entourage » sur lequel elle comptait absolument…
Dans ces conditions il fallait dès le début faire l’hypothèse que la Vieille Taupe soit déjà, ou soit susceptible de devenir très rapidement, totalement transparente pour ses ennemis. Les moyens d’espionnage et de contrôle social, décuplés par l’usage du téléphone, du téléphone portable, des ordinateurs connectés à Internet notamment, sont tels qu’il est parfaitement vain de prétendre faire mieux que Lénine en matière de clandestinité.
Dès lors que toutes les précautions seraient à l’évidence illusoires, la seule contre-mesure réellement adaptée à la situation consistait à ne prendre aucune précaution… La seule précaution vraiment efficace consiste à ne rien faire…
D’autant plus que dans l’état de dénuement et de tension où nous étions, le respect du minimum pour être efficace des règles (que je connaissais) de la clandestinité n’aurait jamais permis d’abattre le travail improbable qui fut néanmoins effectué.
Réflexion faite, ce comportement venait de loin. Puisque je m’étais toujours refusé à utiliser le moindre pseudonyme comme il était encore d’usage de le faire à Socialisme ou Barbarie, où cela me fut proposé, surtout en tant qu’étudiant à Sciences-Po, et boursier en préparation de l’ENA. Il était évident que faire le choix de ne pas être clandestin équivalait à mettre fin à ma carrière avant qu’elle n’ait débuté… En dehors de pseudonymes parfaitement transparents destinés à me montrer et non pas à me cacher, comme Pierre Nashua et Wilhelm Stein. Sur cette question, je partageais l’analyse de Guy Debord, qui n’a jamais non plus utilisé de pseudonyme. On sait que Lionel Jospin avait fait le choix inverse, et qu’il a fait une belle carrière, le pôvre. (voir les lettres à Lionel Jospin). Je profite de l’occasion pour signaler que le titre du texte Perspective sur les conseils, la gestion ouvrière, et la gauche allemande et l’auteur, Pierre Nashua, avaient été donnés par l’éditeur à un exposé (enregistré au magnétophone) fait au cours d’une discussion entre moi et des camarades mexicains, chiliens et colombiens, en 1974. Je n’en ai eu communication qu’une fois que ce fut fait, et n’ai pas objecté. Ayant fermé la librairie du 1, rue des Fossés-Jacques, en 1972, je gagnais très bien ma vie à la société Nashua, dont j’ai démissionné au printemps 1979, pour plonger corps et biens dans le chaudron révisionniste. Nashua signifie, en amérindien, « confluent de deux rivières ». Nom prédestiné, non ?
L’adaptation à cette situation difficile doit être pratique, politique et théorique. C’est ce à quoi s’est attachée la Vieille Taupe, en particulier depuis le n°18 de son bulletin confidentiel, en utilisant toutes les ressources de son expérience accumulée. Mais la constatation générale qu’il ne faut entretenir aucune illusion quant à la possibilité durable de cacher quoi que ce soit de nos activités à nos ennemis, et aux divers organes du contrôle social, ne doit pas masquer le fait que les ennemis de la liberté d’expression sont multiples, divisés, contradictoires et qu’ils se cachent, dans leur lutte pour le Pouvoir, les uns aux autres, ce qu’ils savent, ou croient savoir de la Vieille Taupe et de ses projets. Et par-dessus tout ils ne contrôlent pas plus que nous les interventions intempestives du Prolétariat…
Pierre Guillaume, Bilan – septembre 2008
Le communisme n’est rien d’autre que la vérité historique universelle du mouvement réel qui produit la totalité du devenir de l’espèce humaine. Il n’est ni un programme ni une série de recettes sortis de cerveaux doctrinaires et prétentieux, il est la passion charnelle du vivre radical, correspondant à l’expérience authentique des hommes concrets qui veulent tout simplement être eux-mêmes et sortir de l’accumulation des déchirements qui fondent le temps de la domination absolue de la marchandise…
… Le prolétariat ne doit admettre aucune médiation entre lui et son auto-négation révolutionnaire vers le communisme, donc aucune organisation autre que le propre mouvement de sa liquidation totale du travail, de l’argent et de l’État. Ce qui va permettre de comprendre définitivement le mouvement historique pratique des défaites révolutionnaires du passé, en en tirant toutes les leçons théoriques, c’est bien la reprise révolutionnaire qui va commencer à reparaître à partir des conditions réelles de la crise définitive à venir du Capital et en fonction du fait que la communauté humaine universellement réalisable est la conséquence dialectique de l’impérialisme social de la marchandise universelle devenu ir-réalisable.
Guerre de Classe, Nos positions essentielles

