La revue Communisme, qui fut publiée sur les années 1937-1939, était le bulletin mensuel édité par la Fraction Belge de la Gauche Communiste Internationale qui produisit vingt-quatre numéros jusqu’au déclenchement de la Seconde Boucherie impérialiste. Celle-ci provenait d’une scission d’avec la Ligue des communistes internationalistes elle-même provenant d’une rupture avec le confusionnisme et les magouilles de la secte trotskyste.

Là encore, c’est la question espagnole qui s’était trouvée placée comme l’un des sujets historiques centraux du différend. Considérant que du point de vue communiste, il existe une « incompatibilité foncière » entre la lutte antifasciste et la lutte prolétarienne, le petit groupe qui fonda la fraction belge insistait sur le fait que « l’antifascisme est, par définition, une manœuvre capitaliste et, du point de vue de la réalité politique, il ne peut exister d’opposition entre l’antifascisme bourgeois et l’antifascisme “prolétarien”. Ce dernier ne peut donc s’intégrer à la lutte révolutionnaire contre le capitalisme… Une guerre qui se déroule sous la domination capitaliste est une guerre capitaliste quels que soient ses aspects. »

La Fraction Belge de la Gauche Communiste sut alors clairement comprendre et indiquer que « Dans la guerre “antifasciste”, comme dans toute guerre capitaliste, la collaboration de classe triomphe et pose l’objectif central du massacre des prolétaires sous le signe du dilemme fascisme-anti-fascisme. »

Soulignant que le devoir du courant communiste était de rejeter toute défense – même conditionnée – de l’URSS, simple instrument de l’impérialisme mondial, la Fraction tenait à démasquer l’imposture du drapeau antifasciste sous lequel « le prolétariat tombe pour le capitalisme et non pour le socialisme. » Enfin, elle mettait en avant que « la guerre “antifasciste” est dirigée contre le prolétariat qui a pour devoir de classe de s’en désolidariser, de déclencher la guerre civile pour la destruction de l’État capitaliste et d’accepter les conséquences “défaitistes” découlant de cette situation. »

S’arracher de la longue litanie idéologique des mensonges contre-révolutionnaires socio-démocrates, libertaires, bolchéviques, trotskystes et stalinistes fut le grand œuvre des groupes ouvriers maximalistes du siècle passé. La tâche fut ardue et immense et c’est elle qui nous permet aujourd’hui d’avoir justement une intelligence claire du mouvement historique réel qui liquide l’argent, le salariat et l’État. Mais ce qui aujourd’hui nous apparaît si évident dans notre dénonciation de tous les gouvernementalismes, nous le devons d’abord à cette poignée d’hommes d’énergie, de courage et de sagacité qui refusèrent d’être, en un temps de terrible désolation, de simples objets misérables de la réification obligatoire.

Tout ce que nous savons de sûr, de radical et de vivante vérité résulte des enseignements de leur combat intransigeant contre toutes les mystifications économiques et politiques qui, aux ordres du leurre antifasciste – pire produit du fascisme –, permirent le développement pathologique forcené qui mena à la guerre impérialiste. Les hommes du maximalisme ouvrier de l’époque n’étaient point des errants passifs, ternes et impuissants comme la grande foule obéissante et malléable de l’usine globale contemporaine, ils existaient en tant que capacité offensive et ont pu, dans les contradictions, les souffrances et par-delà les mythes de leur temps, saisir la logique d’ad-venir de la lutte de classe émancipatrice pour nous ouvrir le chemin vers la suppression de l’économie et de la politique. 

Le prolétariat ne peut vaincre, assurait la Fraction Belge de la Gauche Communiste, que sur le terrain de sa propre indépendance de classe, en déclenchant une lutte autonome contre tous les appareils économiques et politiques de la merde marchande et donc en détruisant l’État capitaliste quelle que soit la foutaise de son drapeau. À l’heure de la crise finale de la valeur d’échange, au moment où la schizophrénie mégapolitaine du Capital, dont le gauchisme culturel constitue l’avant-garde la plus putride, a tout absorbé, les quelques jalons de conscience communiste qui se maintiennent encore ne persistent que parce qu’ils sont fondamentalement en relation patrimoniale d’exigence avec cette antériorité généreuse et féconde et qu’ils la font toujours habiter en le monde et constamment croître dans la perspective générique des voluptés de la Gemeinwesen enfin en train d’émerger. 

Le communisme est la connaissance incarnée d’un plan de vie authentique pour l’espèce. Il était, il est, il sera – en l’héritage pratico-théorique de toutes les dynamiques maximalistes de l’histoire – l’invariance organique de la négation dialectique de toutes les organisations qui reproduisent le diktat démocratique de la non-vie spectaculaire.

Mais c’est bien sûr grâce à la longue et si féconde tradition communeuse des luttes de classe insubordonnées que la fausse conscience du temps peut s’auto-annuler et conduire au projet révolutionnaire de l’auto-émancipation…

 Ainsi, c’est parce que le courage et le ressort des hommes de la Fraction Belge, de Bilan, de l’Union Communiste et d’autres firent force-désir de se hausser au niveau du contre-ordinaire qu’ils eurent capacité de ne point accepter de trahir et de se soumettre à l’opium de la quotidianité docile et qu’une Aufhebung apprit finalement à s’accomplir en leur donnant la possibilité de s’extraire inéluctablement des fourberies et tromperies du capitalisme d’État lénino-staliniste.

C’est dans le Numéro 19 de Communisme paru le 15 octobre 1938 que l’on trouve notamment le texte fondamental qui suit.