Versailles attaque et Galliffet fusille.

2 avril 1871.
Tout Paris – bourgeois et prolétaires – est outré d’indignation.
Versailles a pris l’initiative de la guerre civile et, sans provocation aucune, a fait tirer sur les nôtres aux avant-postes de Courbevoie.
Le plus ignoble des soudards de l’Empire, Galliffet, a ouvert le feu et, qui pis est, a fait fusiller des prisonniers, poussant le cynisme jusqu’à s’en vanter dans une proclamation !
Ce seul acte eût dû le faire révoquer sur-le-champ, s’il n’eût été évidemment d’accord avec Versailles.
C’est ainsi que Thiers a voulu prouver à la province qu’il a « enfin réussi à organiser une des plus belles armées que la France ait possédées ».
Devant cet acte abominable, la conscience publique s’est soulevée. Je viens de voir quelques commerçants, jusqu’alors indécis, qui prennent ouvertement parti pour la Commune.
Près de deux cent mille hommes sont en armes, demandant qu’on les envoie venger l’odieux assassinat commis par Galliffet.
Malheureusement, nous ne sommes vraiment pas préparés à une sortie.
L’artillerie considérable que nous possédons n’est nullement en état de faire campagne. Toutes les bouches à feu, canons et mitrailleuses qui se trouvent à l’Hôtel de Ville, ont besoin d’être sérieusement révisées. À toutes, il manque quelques pièces indispensables.
Il faut donc d’abord procéder à leur réfection avant de songer à livrer bataille hors Paris.
Aussi, à la commission exécutive, Félix Pyat et moi nous sommes-nous vivement opposés à ce qu’on jouât une partie de cette importance avant d’avoir plus de chance de la gagner.
Nos jeunes généraux improvisés sont sans doute remplis d’ardeur, mais la situation n’est plus la même qu’au lendemain du 18 mars.
Lullier, délégué par le Comité central pour s’emparer du mont Valérien, alors dépourvu de tout moyen de sérieuse résistance, a singulièrement fait les affaires de Versailles en se contentant de la soi-disant promesse du commandant de ce fort de demeurer neutre. Comme si de pareilles promesses pouvaient être réellement tenues !
Aujourd’hui le mont Valérien, quoi qu’en dise le trop confiant Bergeret, doit avoir tout ce qu’il faut pour intercepter les communications de ce côté. Il y faut donc prendre garde.
« Bah! Qu’importe ? nous réplique notre brave ami Duval. On y laissera sa peau, voilà tout ! »
Ce n’est pas uniquement, je suppose, pour « y laisser sa peau » qu’on livre bataille, mais pour prendre surtout celle de l’ennemi.
Il a donc été décidé qu’avant tout, il sera dressé un état par bataillon des forces placées sous les commandements respectifs des citoyens Eudes, Duval et Bergeret, avec indication de leur armement; un état de notre artillerie et de son matériel de rechange ; un inventaire des munitions avec indication des divers magasins qui les contiennent.
On fera de plus exécuter immédiatement les réparations indispensables à la mise en service de toutes les bouches à feu pour appuyer la sortie, et enfin on assurera le service régulier des vivres pour les diriger rapidement où besoin sera.
Il s’agit, en effet, de confier le moins possible au hasard le résultat d’une affaire militaire dans laquelle la Commune pourrait, sans cela, subir une irréparable défaite.
À onze heures du soir, seulement, la Commission exécutive avait terminé tous ces arrangements.
Vers quatre heures du matin, je quitte l’Hôtel de Ville pour aller quelques instants chez moi, après avoir signé des bons pour deux cent mille rations à distribuer aux fédérés massés au Champ-de-Mars et attendant les ordres de leurs chefs.

Gustave Lefrançais, Souvenirs d’un révolutionnaire, De juin 1848 à la Commune

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