Les délégués du IVe arrondissement.

Les quatre collègues auxquels on m’a adjoint dans l’arrondissement me sont déjà connus depuis quelque temps.
Amouroux, ouvrier chapelier, a souvent pris la parole dans les réunions publiques sous l’Empire.
Nerveux, très actif, d’allures cassantes, il est très brave et tout dévoué à la Révolution.
Adolphe Clémence, ouvrier relieur, est d’un tempérament plus calme, plus posé, quoique très ferme. Peu causeur, modeste et laborieux, le citoyen Clémence, considère comme un devoir rigoureux de remplir strictement toute mission librement acceptée.
Membre du comité central et délégué par celui-ci dans l’arrondissement pour y faire exécuter ses décisions, il s’est montré très résolu dans les démêlés que ses collègues et lui ont eus avec l’ex-maire Vautrain et son entourage réactionnaire.
Le citoyen Eugène Gérardin, ouvrier peintre en bâtiment, est d’un caractère froid, concentré. Il est assez difficile de savoir exactement ce qu’il pense au point de vue politique et social.
Quant à Arthur Arnould, c’est un journaliste de talent, bien connu des lecteurs de la Marseillaise, sur la fin de l’Empire.
Peu enthousiaste, légèrement sceptique même, mais d’une grande loyauté, son éclectisme en fait de socialisme est chez lui pure paresse d’esprit. Il aime mieux s’y complaire que d’approfondir ses idées. Mais lorsqu’il veut s’en donner la peine, il sait pourtant creuser une question.
Il est entré dans la révolution surtout en haine de l’imbécillité et de la canaillerie de ses adversaires. Il préférerait volontiers la littérature à la politique, mais il comprend qu’il est des circonstances où tout doit être sacrifié au devoir.

Gustave Lefrançais, Souvenirs d’un révolutionnaire, De juin 1848 à la Commune

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