Réunion de conciliateurs à l’École centrale.

Avrial, Langevin, Vallès, Édouard Roullier et moi, nous sommes rencontrés aujourd’hui à l’École centrale, rue de Thorigny, avec plusieurs membres de l’Union républicaine, qui nous avaient convoqués pour tacher de s’entendre sur les moyens, disaient-ils, de mettre fin à la guerre civile.
Nous avons trouvé là les citoyens Loiseau-Pinson, notre ex-collègue démissionnaire; Corbon, l’ancien vice-président de l’Assemblée constituante en 1848; Bonvallet, l’ex-maire du IIIe arrondissement; Jobbé-Duval, un ancien camarade du Cercle de Thalès Bernard, rue du Bac ; Stupuy, le poète positiviste, que je rencontrais autrefois chez mon ami le musicien de la rue de Douai, et Lockroy, du Rappel.
À notre avis, il n’y a d’autre moyen pour arriver au but que se proposent les membres de l’Union que de se déclarer nettement, eux et leurs amis, en faveur de la révolution communaliste.
Les républicains sincères se prononçant franchement contre Versailles, il est possible qu’alors Thiers et consorts s’arrêtent dans la voie où ils se sont engagés. Mais tant que ces républicains demeureront expectants, le petit homme de la rue Saint- Georges1 les roulera jusqu’au jour où, la Commune vaincue, il pourra les museler à leur tour.
Il ne faut pas être grand clerc pour deviner de telles choses.
II fut donc convenu avec ces braves radicaux, ou prétendus tels, qu’une sommation serait faite par eux, à leurs amis de Versailles, et que, faute d’être suivie d’effet, ils adhéreraient décidément à la Commune.
Mais quelques heures de réflexion ont suffi pour les refroidir.
Ils continueront de gémir sur « nos discordes civiles ». C’est moins compromettant. Et puis, plus tard, qui sait s’il n’y aura pas à glaner sur le champ de bataille ?
Comme Thiers les connaît bien tous, ces braves bourgeois !

Gustave Lefrançais, Souvenirs d’un révolutionnaire, De juin 1848 à la Commune

1Thiers y possédait un hôtel.

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