Les amateurs d’emplois publics s’envolent.

Dès le lendemain de la proclamation de la Commune, la chasse aux emplois avait commencé.
Une foule d’amis… parfaitement inconnus, et d’autres trop connus venaient alors nous offrir leurs dévouements… moyennant appointements.
Parmi les trop connus, figuraient entre autres l’illustre Jules Mahais, toujours disposé à émarger à titre de secrétaire général de l’Hôtel de Ville, si nous avions voulu le maintenir à ce poste.
Puis le célèbre Charles Limousin, autre transfuge de l’Internationale, l’ex-décrotteur des Molinari1 et autres économistes de même farine, maintenant tout prêt à mettre sa science au service de la Commune.
On éconduit Mahais qui, après tout, n’est qu’un simple fumiste, mais on chasse maître Charles Limousin avec le sans-façon que comporte son impudence.
Puis on se débarrasse d’une foule d’autres jolis messieurs, tout prêts à grignoter le budget de la Sociale, comme ils mordaient à celui de l’Empire, s’inquiétant plus de la succulence du gâteau que de sa forme et de sa couleur.
Bon nombre de ces solliciteurs avaient déjà senti refroidir leur zèle communard devant le maigre festin que la Commune avait décidé de leur offrir : six mille francs – sans cumul pour les emplois publics les plus importants !
Cela leur avait donné à réfléchir. Beaucoup avaient fait la petite bouche devant des offres si peu séduisantes.
Mais dès les premiers coups de canon échangés entre Versailles et la Commune ce fut une envolée générale, et quantité de ceux qui, faute de grives, s’étaient pourtant décidés à manger nos merles, disparurent de leurs bureaux avec un entrain des plus remarquables.
La peur même les rendit généreux à ce point qu’ils en oublièrent de toucher les quelques journées de travail qui leur étaient dues.
On pourvut très facilement d’ailleurs à leur remplacement et la besogne ne s’en fit que mieux.
Mais il est une chose qui m’étonne et m’inquiète même souvent : la domesticité de tous les ministères est restée presque entière à son poste.
Comme il est à supposer que ce n’est point par amour de la Commune, il est évident que c’est par ordre de Versailles et sans doute à titre de mouchards. Je ne comprends pas qu’on les conserve. A moins qu’il soit plus difficile de les remplacer que leurs maîtres.
Ils doivent bien rire un peu – et même beaucoup – de notre condescendance à leur égard.

Gustave Lefrançais, Souvenirs d’un révolutionnaire, De juin 1848 à la Commune

1Économiste belge, disciple de Bastiat, considéré comme le fondateur de l’anarcho-capitalisme.
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