Nous publions aujourd’hui un tract de l’Union Communiste, distribué par le groupe lors d’un meeting organisé le 18 juin 1937 au Vélodrome d’Hiver, à Paris, par l’Union Anarchiste. Garcia Oliver et Federica Montseny y furent invités ce jour-là pour prononcer un discours…

Union Communiste

Camarades anarchistes ! Ouvriers révolutionnaires !

Vous avez été conviés à ce meeting pour écouter la voix de la C.N.T. C’est en effet au nom du Comité national de la C.N.T. que Garcia Oliver et Federica Montseny parleront, mais ce n’est pas au nom des ouvriers révolutionnaires d’Espagne, ni des membres de la C.N.T. et de la F.A.I.

Garcia Oliver et Federica Montseny sont deux ministres anarchistes du gouvernement Caballero, lequel gouvernement porte la responsabilité d’avoir provoqué les journées de mai à Barcelone et réprimé le mouvement des ouvriers qui, en armes, défendaient leurs conquêtes menacées.

Garcia Oliver et Federica Montseny sont les plus représentatifs de ces dirigeants de la C.N.T. et de la F.A.I. dont les « Amis de Durruti » ont qualifié ainsi le rôle au cours des journées de mai :

« Nous savions par avance que les comités responsables de la C.N.T. ne pouvaient faire autre chose que de mettre des obstacles à l’avance du prolétariat… Nous sommes les Amis de Durruti et nous avons suffisamment d’autorité pour désavouer ces individus qui ont trahi la classe ouvrière par incapacité et par lâcheté. Quand nous n’avons plus d’ennemis en face, ils remettent de nouveau le pouvoir à Companys, l’ordre public au gouvernement réactionnaire de Valence, et la Conseillerie de Défense au général Pozas. La trahison est formidable. » (Manifeste des « Amis de Durruti » du 8 mai).

Ceux qui ont dit cela luttaient à la tête des ouvriers révolutionnaires de Barcelone, sur les barricades, alors que Garcia Oliver et Federica Montseny accouraient de Valence pour lancer, du poste de radio de la Généralité, des appels au calme et à la cessation de la grève générale.

C’est la trahison des Garcia Oliver, Federica Montseny et de la direction cénétiste qui a permis aux staliniens et aux gardes d’assaut d’assassiner lâchement de nombreux militants révolutionnaires, parmi lesquels C. Berneri et le jeune Francisco Ferrer; et si depuis mai, le gouvernement de Valence peut se permettre de pourchasser les camarades des Amis de Durruti, du POUM, des Jeunesses libertaires et poumistes, ainsi que tous les ouvriers qui veulent conserver leur armes pour défendre les conquêtes de juillet, les Garcia Oliver et Federica Montseny en portent la responsabilité.

Camarades anarchistes ! Ouvriers révolutionnaires !

L’Union anarchiste vous demande de taire vos critiques et de répondre avec « bienveillance » à l’appel du Comité national de la C.N.T. C’est impossible.

Solidarité internationale effective avec les travailleurs espagnols, oui. Avec ceux qui les ont trahis, non.

Ceux qui, seuls, pourraient exprimer à ce meeting la position des ouvriers de la C.N.T. et de la F.A.I., ceux-là sont emprisonnés ou contraints à l’illégalité pour échapper à la répression.

Garcia Oliver et Federica Montseny viennent essayer de justifier leur trahison. Ils vous diront que pour conserver l’unité du front antifasciste, il fallait éviter de triompher des forces contre-révolutionnaires. « Ni vainqueurs, ni vaincus », disaient-ils, pour faire cesser le combat dans les rues de Barcelone.

En fait, après avoir, depuis le 19 juillet 1936, capitulé bien des fois devant les exigences de la bourgeoisie, au nom de l’unité antifasciste, les dirigeants anarchistes en sont arrivés à trahir ouvertement la cause ouvrière.

L’unité antifasciste a été la soumission à la bourgeoisie, elle a mené aux victoires militaires de Franco et aux victoires de la contre-révolution à l’arrière du front.

Camarades, la lutte des classes ne connaît pas de trêve. L’évolution de la situation en Espagne a montré que la bourgeoisie n’a qu’un ennemi : le prolétariat. Pour ne pas l’avoir compris à temps, les travailleurs espagnols viennent de subir une grave défaite. Et maintenant, la bourgeoisie « républicaine et démocratique » va préparer le compromis avec Franco, sous la pression des impérialismes qui imposent leur « médiation ».

Pour battre Franco, il fallait battre Companys et Caballero. Pour vaincre le fascisme, il fallait écraser la bourgeoisie et ses alliés staliniens et socialistes. Il fallait détruire complètement l’État capitaliste et instaurer un pouvoir ouvrier issu des comités de base des travailleurs.

L’apolitisme anarchiste a fait faillite. Pour n’avoir pas voulu faire la politique du prolétariat, les dirigeants de la C.N.T. ont fait celle de la bourgeoisie. Tel est un des grands enseignements de la lutte de nos frères d’Espagne.

Leur lutte n’est pas terminée

Bien des illusions sont tombées après ces journées de mai. Sans aucun doute, nombreux sont les ouvriers qui se préparent à une lutte acharnée.

Constituer des comités de défense de la révolution est leur mot d’ordre. Le pouvoir aux ouvriers est leur objectif.

Pour vaincre le bloc de la bourgeoisie et de ses alliés staliniens, socialistes et dirigeants cénétistes, ils devront rompre nettement avec les traîtres de toutes tendances. Leur avant-garde, c’est-à-dire les militants révolutionnaires des Amis de Durruti, du POUM, des Jeunesses doit se regrouper pour élaborer le programme de la révolution prolétarienne.

Mais, le prolétariat international doit aussi agir

Sinon, nos compagnons d’Espagne seront définitivement battus et nous aussi. La bourgeoisie internationale, y compris la néo-bourgeoisie russe, s’est coalisée contre la révolution espagnole, malgré les antagonismes qui opposent irréductiblement les différents impérialismes.

En France, le Front populaire, le gouvernement Blum, les partis traîtres, les dirigeants syndicaux agissent d’accord avec la bourgeoisie pour étrangler la révolution espagnole. Et si la république espagnole les intéresse, c’est parce qu’à travers elle, l’impérialisme français peut lutter contre les autres impérialismes.

Au moment où le gouvernement « antifasciste » d’Espagne assassine nos camarades, emprisonne et pourchasse les Amis de Durruti, des Jeunesses libertaires et poumistes, notre devoir est d’appeler les travailleurs de toutes les entreprises, bureaux et chantiers, à passer à l’action directe contre les complices français des contre-révolutionnaires d’Espagne, contre ceux qui s’apprêtent à réduire de nouveau nos propres conditions d’existence, contre ceux qui se préparent à entraîner le prolétariat dans une nouvelle guerre impérialiste.

Il faut agir, mais pas dans la confusion

Les révolutionnaires doivent et peuvent s’unir, mais en brisant tous liens avec les partis traîtres et en combattant nettement dans les syndicats les dirigeants staliniens et réformistes.

II n’est pas d’autre voie pour entraîner le prolétariat à l’action, en toute indépendance de classe, et pour frayer la voie à la révolution prolétarienne mondiale.

Comments (4)
  1. Le syndicat est parfaitement réformiste, alors pourquoi combattre dans le syndicat quelque chose qui produirait quelques part du réformisme radical ? Le syndicalisme n’est pas une structure neutre.

    • C’est l’expérience de mai 37 qui put confirmer le rôle contre-révolutionnaire des syndicats. Le tandem Péret/Munis écriront d’ailleurs, 15 ans après ces événements, la critique définitive de cet organe, réformiste par essence: http://guerredeclasse.fr/2018/11/19/les-syndicats-contre-la-revolution/

      Le groupe Union Communiste, qui distribua ce tract à la mi-juin 37, était encore entaché de l’idée d’une structure d’avant-garde pour mener la révolution. Henri Chazé, membre de l’UC et présent en Espagne au début de la révolution, dira 40 ans plus tard: “Sur la nature et le rôle contre-révolutionnaire de l’URSS, nous avions au moins dix ans de retard par rapport à nos camarades hollandais (Communistes des Conseils) et à ceux de la gauche allemande. En ce qui concerne l’institutionnalisation et l’intégration des syndicats, à peu près le même retard. Sur le rôle du parti révolutionnaire, idem.”

      Nous pouvons aujourd’hui, avec le recul, faire une critique totale, là où des groupes ou des individus ne pouvaient faire qu’une critique partielle. Ce tract est intéressant dans la mesure où il visa à amorcer une auto-critique au sein même des fédérations et centrales syndicales, au sein desquelles le mythe de l’anarchisme révolutionnaire était, lui aussi, encore vivace pour plusieurs décennies.

      • Merci Vermorel pour votre éclairage sans lequel on comprend mal ce tract. Je me posais en effet la même question que Ken, et vous y avez parfaitement répondu. Merci aussi pour le lien qui est un complément essentiel pour la compréhension du rôle des syndicats. Il y a vingt lorsque j’ai commencé ma vie professionnelle, j’ai adhéré à un syndicat. Mais j’en suis parti deux ans plus tard, écœuré, ayant constaté leur malfaisance et leur trahison naturelle. J’avais pigé qu’ils étaient là pour mettre les gens au travail et assurer l’ordre social en complicité avec le patronat et l’état, et qu’ils ne pourraient jamais que torpiller toute tentative révolutionnaire du prolétariat, à rebours de leurs prétentions et de leurs affichages.
        Mais ma compréhension n’était qu’instinctive, et vingt plus tard, vous venez de m’en donner une claire explication en la situant dans une perpective historique. Ce qui m’ébahit, c’est que ces explications ont été formulées dans les années soixante, cinquante, on en trouve dans l’entre-deux-guerres, et même avant guerre. Et il se trouve encore quantité de gens aujourd’hui qui pensent lutter contre le patronat et faire œuvre révolutionnaire en se syndiquant. Là je me dis que le capital réussit très bien son œuvre d’abrutissement et de rupture des liens du prolétariat avec sa culture et son passé, car tout est là dans les décennies passées, tout a été expliqué. Heureusement mon instinct m’a détourné très tôt des syndicats, mais je déplore vraiment de ne découvrir qu’à quarante ans passés que cette connaissance était à portée de main depuis si longtemps !

  2. “Pour battre Franco, il fallait battre Companys et Caballero. Pour vaincre le fascisme, il fallait écraser la bourgeoisie et ses alliés staliniens et socialistes. Il fallait détruire complètement l’État capitaliste et instaurer un pouvoir ouvrier issu des comités de base des travailleurs.”
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