Marx, Théories sur la plus-value
(Werke 26.2, p. 492-535)

” Quand nous parlons de destruction de capital par les crises, il importe de distinguer deux choses.

Dans la mesure où le procès de reproduction se bloque et que le procès de travail est réduit, voire totalement arrêté en certains points, il y a destruction de capital réel. Les machines inutilisées ne sont pas du capital. Le travail inexploité équivaut à une perte de production. Les matières premières en friche ne sont pas. du capital. Les installations (tout comme des machines nouvellement construites) qui restent ou bien inutilisées ou bien inachevées, les marchandises qui pourrissent dans les magasins, tout cela constitue une destruction de capital. C’est à quoi se résout un blocage du procès de reproduction : les moyens de production existants n’agissent pas effectivement, ne remplissent pas leur rôle de moyens de production. Leur valeur d’usage et leur valeur d’échange s’en vont à vau-l’eau.

Deuxièmement, cette destruction de capital par les crises signifie dépréciation de masses de valeurs. Cette dépréciation empêche de renouveler ensuite le procès de reproduction du capital à la même échelle. C’est l’effet ruineux de la chute du prix des marchandises. Il n’y a pas pour autant destruction de valeurs d’usage. Ce que l’un perd, l’autre le gagne. Mais des masses de valeurs opérant comme capital sont empêchées de se renouveler comme capital entre les mêmes mains. Certains des capitalistes en place font faillite.

Supposons que la valeur de X marchandises, dont la vente lui permet de reproduire son capital, soit égale à 12 000 L.st., y inclus 2 000 de profit, et qu’elle tombe à 6 000, le capitaliste ne pourra plus faire face aux obligations qu’il a contractées ou, même s’il n’en avait pas contractées, il ne pourra plus reprendre ses affaires à la même échelle, dès lors que le prix des marchandises égale de nouveau leur prix de production. Il y a donc destruction d’un capital de 6 000 L.st., bien que l’acheteur de ces marchandises, pour les avoir acquis à la moitié de leur prix de production, s’en tire avantageusement et puisse même en tirer profit quand les affaires reprendront. Une large part du capital nominal de la société, c’est-à-dire de la valeur d’échange du capital existant, est à tout jamais anéantie, bien que cette destruction qui n’affecte pas la valeur d’usage puisse favoriser considérablement la nouvelle reproduction. C’est l’époque où le capitaliste financier s’enrichit aux dépens du capitaliste industriel.

En ce qui concerne la chute du capital purement fictif, les bons d’État, actions, etc. – dans la mesure où elle ne provoque pas la banqueroute de l’État, des sociétés par actions, etc. ou l’arrêt complet de la reproduction en ébranlant le crédit des capitalistes industriels qui détiennent ces valeurs – elle ne fait que transférer la richesse d’une main à une autre et, en somme, aura un effet bénéfique sur la reproduction, du fait que les parvenus aux mains desquelles tombent ces actions ou bons au moment où leur cours est le plus bas, sont généralement plus entreprenants que les détenteurs précédents… “


Comments (1)
  1. La théorie de la crise de Marx est généralement associée à la loi de la baisse tendancielle du taux de profit présentée dans le troisième volume du Capital. Les courants de la critique de la valeur et de la critique de la valeur-dissociation montrent au contraire qu’il existe une « première version » de la théorie de la crise de Marx, esquissée surtout dans les Grundrisse, qui attribue la crise séculière de l’économie capitaliste au déclin absolu du travail vivant et, par conséquent, à la chute non pas seulement du taux de profit moyen, mais surtout de la masse sociale de survaleur produite. Seule cette « première version » de la théorie de la crise permet de comprendre de manière cohérente la limite interne absolue du capital. La « richesse » à l’ère du capital fictif où le mode de production et de vie capitaliste ne peut plus se survivre qu’en consommant une production future de survaleur qui ne viendra finalement jamais en de telles proportions, apparaît sous les traits d’une gigantesque collection de dettes privées et publiques qui menace de s’effondrer.

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