Le groupe Bilan1, né d’une fraction de la « gauche » italienne se réclamant de Bordiga, avait pour tâche de tirer les leçons du passé comme le titrait la revue portant son nom. Pour cerner au mieux la justesse de leurs analyses sur le processus contre-révolutionnaire en cours en Espagne, il faut donc re-contextualiser les termes de gauche employés dans leurs textes et aller au-delà de leur vision fétichisée d’un parti de classe qui était censé orienter le mouvement révolutionnaire, et qui explique leur glorification de la révolution bolchévique d’octobre 1917. Toutefois, et malgré le léninisme dont les membres de Bilan ne sont jamais sortis, la plupart de leurs articles sur les événements d’Espagne de 36-37 montrent bien le surgissement, dès juillet 1936, des comités locaux révolutionnaires, jusqu’à leur dissolution progressive au bénéfice du rétablissement de l’autorité du gouvernement catalan et de celui de Valence. Les décrets sur la militarisation des milices ouvrières, promulgués dès octobre 1936 afin de les intégrer à une armée bourgeoise classique, montrent bien ce basculement…


Plomb, Mitraille, Prison : ainsi répond le Front Populaire aux ouvriers de Barcelone osant résister à l’attaque capitaliste

PROLÉTAIRES !

Le 19 juillet 1936, les prolétaires de Barcelone, AVEC LEURS POINGS NUS, écrasèrent l’attaque des bataillons de Franco, ARMÉS JUSQU’AUX DENTS.2

Le 4 mai 1937, ces mêmes prolétaires, MUNIS D’ARMES, laissent sur le pavé bien plus de victimes qu’en juillet, lorsqu’ils doivent repousser Franco et c’est le gouvernement antifasciste – comprenant jusqu’aux anarchistes et dont le P.O.U.M. est indirectement solidaire3 – qui déchaîne la racaille des forces répressives contre les ouvriers.


Le 19 juillet, les prolétaires de Barcelone sont une force invincible. Leur lutte de classe, affranchie des liens de l’État bourgeois, se répercute au sein des régiments de Franco, les désagrège et réveille l’instinct de classe des soldats : c’est la grève qui enraye fusils et canons de Franco et qui brise son offensive.

L’histoire n’enregistre que des intervalles fugitifs au cours desquels le prolétariat peut acquérir son autonomie entière vis-à-vis de l’État capitaliste. Quelques jours après le 19 juillet, le prolétariat catalan arrive à la croisée des chemins : ou bien il entrait dans la PHASE SUPÉRIEURE de sa lutte en vue de la destruction de l’État bourgeois ou bien le Capitalisme reconstituait les mailles de son appareil de domination. A ce stade de la lutte où l’instinct de classe ne suffit plus et où la CONSCIENCE devient le facteur décisif, le prolétariat ne peut vaincre que s’il dispose du capital théorique accumulé patiemment et avec acharnement par ses fractions de gauche érigées en partis sous l’explosion des événements. Si, aujourd’hui, le prolétariat espagnol vit une aussi sombre tragédie, c’est dû à son immaturité à forger son parti de classe : le cerveau qui, SEUL, peut lui donner force de vie.

En Catalogne, dès le 19 juillet, les ouvriers créent spontanément, sur leur terrain de classe, les organes autonomes de leur lutte. Mais, immédiatement, surgit l’angoissant dilemme : ou engager à fond la BATAILLE POLITIQUE pour la destruction totale de l’État capitaliste et parachever ainsi les succès économiques et militaires, ou bien laisser debout la machine oppressive de l’ennemi et lui permettre alors de dénaturer et de liquider les conquêtes ouvrières.

Les classes luttent avec les moyens qui leur sont imposés par les situations et le degré de tension sociale. En face d’un incendie de classe, le Capitalisme ne peut même pas songer à recourir aux méthodes classiques de la légalité. Ce qui le menace, c’est l’INDÉPENDANCE de la lutte prolétarienne conditionnant l’autre étape révolutionnaire vers l’abolition de la domination bourgeoise. Le Capitalisme doit donc renouer les fils de son contrôle sur les exploités. Ces fils, qui étaient précédemment la magistrature, la police, les prisons, deviennent, dans la situation extrême de Barcelone, les Comités des Milices, les industries socialisées, les syndicats ouvriers gérant des secteurs essentiels de l’économie, les patrouilles de vigilance, etc.4

Ainsi, en Espagne, l’Histoire pose à nouveau le problème qui, en Italie et en Allemagne, a été résolu par l’écrasement du prolétariat5 : les ouvriers conservent à leur classe les instruments qu’ils se créent dans le feu de la lutte pour autant qu’ils les tournent contre l’État bourgeois. Les ouvriers arment leur bourreau de demain si, n’ayant pas la force d’abattre l’ennemi, ils se laissent à nouveau attirer dans les filets de sa domination.

La milice ouvrière du 19 juillet est un organisme prolétarien. La « milice prolétarienne » de la semaine suivante est un organisme capitaliste approprié à la situation du moment. Et, pour réaliser son plan contre-révolutionnaire, la Bourgeoisie peut faire appel aux Centristes, aux Socialistes, à la C.N.T., à la F.A.I., au P.O.U.M., qui, tous, font croire aux ouvriers que L’ÉTAT CHANGE DE NATURE LORSQUE LE PERSONNEL QUI LE GÈRE CHANGE DE COULEUR. Dissimulé dans les plis du drapeau rouge, le Capitalisme aiguise patiemment l’épée de la répression qui, le 4 mai, est préparée par toutes les forces qui, le 19 juillet, avaient brisé l’échine de classe du prolétariat espagnol.


Le fils de Noske et de la Constitution de Weimar, c’est Hitler ; le fils de Giolitti et du « contrôle de la production », c’est Mussolini ; le fils du front antifasciste espagnol, des « socialisations », des milices « prolétariennes », c’est le carnage de Barcelone du 4 mai 1937.

ET, SEUL, LE PROLÉTARIAT RUSSE RIPOSTA, A LA CHUTE DU TSARISME, PAR L’OCTOBRE 1917, PARCE QUE, SEUL, IL PARVINT A CONSTRUIRE SON PARTI DE CLASSE AU TRAVERS DU TRAVAIL DES FRACTIONS DE GAUCHE.

PROLÉTAIRES !

C’est à l’ombre d’un gouvernement de Front Populaire que Franco a pu préparer son attaque. C’est dans la voie de la conciliation que Barrios a essayé, le 19 juillet, de former un ministère unique pouvant réaliser le programme d’ensemble du Capitalisme espagnol, soit sous la direction de Franco, soit sous la direction mixte de la droite et de la gauche fraternellement unies6. Mais c’est la révolte ouvrière de Barcelone, de Madrid, des Asturies, qui oblige le Capitalisme à dédoubler son Ministère, à départager les fonctions entre l’agent républicain et l’agent militaire liés par l’indissoluble solidarité de classe.

Là où Franco n’est pas parvenu à imposer sa victoire immédiate, le Capitalisme appelle les ouvriers à le suivre pour « battre le fascisme ». Sanglant guet-apens qu’ils ont payé de milliers de cadavres en croyant que, sous la direction du gouvernement républicain, ils pouvaient écraser le fils légitime du Capitalisme : le fascisme. Et ils sont partis pour les cols de l’Aragon, les montagnes de Guadarrama, des Asturies, pour la victoire de la guerre antifasciste.

Encore une fois, comme en 1914, c’est par l’hécatombe des prolétaires que l’Histoire souligne en traits sanglants l’opposition irréductible entre Bourgeoisie et Prolétariat.

Les fronts militaires : une nécessité imposée par les situations ? Non ! Une nécessité pour le Capitalisme afin d’encercler et d’écraser les ouvriers ! Le 4 mai 1937 apporte la preuve éclatante qu’après le 19 Juillet, le prolétariat avait à combattre Companys, Giral7 tout autant que Franco. Les fronts militaires ne pouvaient que creuser la tombe des ouvriers parce qu’ils représentaient les fronts de la guerre du Capitalisme contre le Prolétariat. A cette guerre, les prolétaires espagnols – à l’exemple de leurs frères russes de 1917 – ne pouvaient riposter qu’en développant le défaitisme révolutionnaire dans les deux camps de la Bourgeoisie : le républicain comme le « fasciste », et en transformant la guerre capitaliste en guerre civile en vue de la destruction totale de l’État bourgeois.

La fraction italienne de gauche a été soutenue uniquement, dans son tragique isolement, par la solidarité du courant de la Ligue des Communistes Internationalistes de Belgique, qui vient de fonder la fraction belge de la gauche communiste internationale. Seuls, ces deux courants ont jeté l’alarme, alors que, partout, l’on proclamait la nécessité de sauvegarder les conquêtes de la Révolution, de battre Franco pour mieux battre Caballero ensuite.

Les derniers événements de Barcelone confirment lugubrement notre thèse initiale et ils découvrent que c’est avec une cruauté égalant celle de Franco que le front populaire, flanqué des anarchistes et du P.O.U.M., s’est jeté sur les ouvriers insurgés du 4 mai.

Les vicissitudes des batailles militaires ont été autant d’occasions pour le Gouvernement républicain de resserrer son emprise sur les exploités. En l’absence d’une politique prolétarienne du défaitisme révolutionnaire, les succès comme les échecs militaires de l’armée républicaine n’ont été que les étapes de la sanglante défaite de classe des ouvriers : à Badajoz, Irun, Saint Sébastien, la République du Front Populaire apporte sa contribution au massacre concerté du prolétariat tout en resserrant les liens de l’Union Sacrée, parce que, pour gagner la guerre antifasciste, il faut une armée disciplinée et centralisée. La résistance de Madrid8, par contre, facilite l’offensive du Front Populaire qui peut se débarrasser de son valet d’hier : le P.O.U.M., et ainsi préparer l’attaque du 4 mai9. La chute de Malaga renoue les fils sanglants de l’Union Sacrée, tandis que c’est la victoire militaire de Guadalajara qui ouvre la période se concluant par les fusillades de Barcelone10. Dans l’atmosphère d’ivresse guerrière peut ainsi germer et éclore l’attaque du 4 mai.

Parallèlement, dans tous les pays, la guerre d’extermination du capitalisme espagnol nourrit la répression bourgeoise internationale, et les morts fascistes et « antifascistes » d’Espagne accompagnent les assassinés de Moscou, les mitraillés de Clichy ; et c’est aussi sur l’autel sanglant de l’antifascisme que les traîtres rassemblent les ouvriers de Bruxelles autour du capitalisme démocratique lors des élections du 11 avril 1937.

« Des armes pour l’Espagne » : tel a été le mot d’ordre central qui a résonné aux oreilles des prolétaires. Et ces armes ont tiré sur leurs frères de Barcelone. La Russie soviétique, en coopérant à l’armement de la guerre antifasciste, a aussi représenté la charpente capitaliste pour le récent carnage11. Aux ordres de Staline – qui étale sa rage anticommuniste le 3 mars12 – le P.S.U.C. de Catalogne prend l’initiative du massacre.

Encore une fois, comme en 1914, les ouvriers se servent des armes pour s’entretuer au lieu de s’en servir pour la destruction du régime d’oppression capitaliste.

PROLÉTAIRES !

Les ouvriers de Barcelone ont repris le 4 mai 1937 le chemin qu’ils avaient emprunté le 19 juillet et dont le capitalisme avait pu les rejeter en s’appuyant sur les forces multiples du Front Populaire. En déclenchant la grève partout, même dans les secteurs présentés comme des CONQUÊTES DE LA RÉVOLUTION, ils ont fait front contre le bloc républicano-fasciste du capitalisme. Et le gouvernement républicain a répondu avec autant de sauvagerie que l’a fait Franco à Badajoz et Irun. Si le gouvernement de Salamanque13 n’a pas exploité cet ébranlement du front de l’Aragon pour pousser une attaque, c’est parce qu’il a senti que son complice de gauche remplissait admirablement son rôle de bourreau du prolétariat.

Épuisé par dix mois de guerre, de collaboration de classe de la C.N.T., la F.A.I., le P.O.U.M., le prolétariat catalan vient d’essuyer une terrible défaite. Mais cette défaite est aussi une étape de la victoire de demain, un moment de son émancipation, car elle signe l’arrêt de mort de toutes les idéologies qui avaient permis au capitalisme de sauvegarder sa domination, malgré le soubresaut gigantesque du 19 juillet.

Non, les prolétaires tombés le 4 mai ne peuvent être revendiqués par aucun des courants qui, le 19 juillet, les ont entraînés hors de leur terrain de classe pour les précipiter dans le gouffre de l’antifascisme.

Les prolétaires tombés appartiennent au prolétariat et uniquement à lui. Ils représentent les membranes du cerveau de la classe ouvrière mondiale, du parti de classe de la révolution communiste.

Les ouvriers du monde entier s’inclinent devant tous les morts et revendiquent leurs cadavres contre tous les traîtres : ceux d’hier, comme ceux d’aujourd’hui. Le prolétariat du monde entier salue en Berneri14 un des siens, et son immolation à l’idéal anarchiste est encore une protestation contre une école politique qui s’est effondrée au cours des événements d’Espagne : c’est sous la direction d’un gouvernement à participation anarchiste que la police a répété sur le corps de Berneri l’exploit de Mussolini sur le corps de Matteotti !

PROLÉTAIRES !

Le carnage de Barcelone est le signe avant-coureur de répressions encore plus sanglantes sur les ouvriers d’Espagne et du monde entier. Mais il est encore le signe avant-coureur des tempêtes sociales qui, demain, déferleront sur le monde capitaliste.

Le capitalisme, en dix mois seulement, a dû épuiser les ressources politiques qu’il comptait consacrer à démolir le prolétariat, en entravant le travail que celui-ci accomplissait pour fonder son parti de classe, arme de son émancipation, et de la construction de la société communiste. Centrisme et anarchisme, en rejoignant la social-démocratie, ont, en Espagne, atteint le terme de leur évolution, comme ce fut le cas en 1914 lorsque la guerre réduisit la Deuxième Internationale à l’état de cadavre.

En Espagne, le capitalisme a déclenché une bataille d’une portée internationale : la bataille entre le fascisme et l’antifascisme qui, au travers de la forme extrême des armes, annonce une tension aiguë des rapports de classe sur l’arène internationale.

Les morts de Barcelone déblaient le terrain pour la construction du parti de la classe ouvrière. Toutes les forces politiques qui ont appelé les ouvriers à lutter pour la révolution en les engageant dans une guerre capitaliste ont toutes passé de l’autre côté de la barricade et devant les ouvriers du monde entier s’ouvre l’horizon lumineux où les morts de Barcelone ont écrit avec leur sang la leçon
de classe déjà tracée par le sang des morts de 14-18 : LA LUTTE DES OUVRIERS EST PROLÉTARIENNE A LA SEULE CONDITION DE SE DIRIGER CONTRE LE CAPITALISME ET SON ÉTAT ; ELLE SERT LES INTÉRÊTS DE L’ENNEMI SI ELLE NE SE DIRIGE PAS CONTRE LUI, DANS TOUS LES INSTANTS, DANS TOUS LES DOMAINES, DANS TOUS LES ORGANISMES PROLÉTARIENS QUE LES SITUATIONS FONT SURGIR.

Le prolétariat mondial luttera contre le capitalisme même lorsque celui-ci passera à la répression contre ses valets d’hier. C’est la classe ouvrière et jamais son ennemi de classe qui est chargée de liquider le compte de ceux qui ont exprimé une phase de son évolution, un moment de sa lutte pour l’émancipation de l’esclavage capitaliste.

La bataille internationale que le capitalisme espagnol a engagée contre le prolétariat ouvre un nouveau chapitre international de la vie des fractions de tous les pays. Le prolétariat mondial qui doit continuer à lutter contre les “constructeurs” d’Internationales artificielles sait qu’il ne peut fonder l’Internationale prolétarienne qu’au travers de l’ébranlement mondial du rapport des classes ouvrant la voie de la Révolution communiste, et seulement ainsi. Face au front de la guerre d’Espagne, qui annonce l’éclosion de tourmentes révolutionnaires en d’autres pays, le prolétariat mondial sent que le moment est venu de nouer les premiers liens internationaux des fractions de la gauche communiste.

PROLÉTAIRES DE TOUS LES PAYS !

Votre classe est invincible ; elle représente le moteur de l’évolution historique : les événements d’Espagne en apportent la preuve, car c’est votre classe, UNIQUEMENT, qui constitue l’enjeu d’une lutte qui convulsionne le monde entier !

Ce n’est pas la défaite qui peut vous décourager : de cette défaite vous retirerez les enseignements pour votre victoire de demain !

Sur vos bases de classe, vous reconstituerez votre unité de classe au-delà des frontières, contre toutes les mystifications de l’ennemi capitaliste !

En Espagne, aux tentatives de compromissions tendant à fonder la paix de l’exploitation capitaliste, répondez par la fraternisation des exploités des deux armées pour la lutte simultanée contre le capitalisme !

Debout pour la lutte révolutionnaire dans tous les pays ! Vivent les prolétaires de Barcelone qui ont tourné une nouvelle page sanglante du livre de la Révolution mondiale !

En avant pour la constitution du Bureau International en vue de promouvoir la formation des fractions de gauche dans tous les pays !

Élevons l’étendard de la Révolution communiste que les bourreaux fascistes et antifascistes ne peuvent empêcher les prolétaires vaincus de transmettre à leurs héritiers de classe. Soyons dignes de nos frères tombés !

Vive la Révolution communiste dans le monde entier !

LES FRACTIONS BELGE ET ITALIENNE DE LA GAUCHE COMMUNISTE INTERNATIONALE.

– Article paru en juin 1937 dans le n°41 de la revue Bilan –


1 La revue Bilan, ou Bulletin théorique mensuel de la Fraction italienne de la Gauche communiste, parut mensuellement, puis bimensuellement, de novembre 1933 à janvier 1938. Les 46 numéros sont disponibles dans leur quasi-intégralité à l’adresse suivante : http://archivesautonomies.org/spip.php?article29

2 Dans les temps qui précédèrent le début de la guerre, au début de l’été 1936, le gouvernement républicain prit soin de retarder au maximum les distributions d’armes aux prolétaires qui les réclamaient pour s’affronter aux armées de Franco. À défaut d’armes, les masses se jetaient à mains nues contre les casernes ou les positions ennemies, et utilisaient éventuellement ce qui était à disposition : armes de chasse ou couteaux de cuisine, véhicules réquisitionnés, explosifs utilisés sur les chantiers, …

3 Dès que les barricades furent érigées et que les combats commencèrent, les dirigeants de la CNT-FAI se mirent à appeler continuellement les prolétaires à déposer les armes, à fraterniser avec les troupes gouvernementales et à concentrer leurs forces contre « l’ennemi fasciste ». Les dirigeants du POUM leur emboitèrent le pas, en adoptant une attitude neutre ou hésitante, la plupart du temps.

4 Les milices et les patrouilles ouvrières seront progressivement intégrées dans des organismes républicains centralisés. L’œuvre de communisation sera quant à elle détruite par l’État, avec la reprise en main des industries et des terres, par décret et par la force.

5 Avant l’insurrection des prolétaires à Barcelone en mai 37, il y eut les conseils ouvriers en Italie et la révolution spartakiste en Allemagne, au début des années 20. La contre-révolution fut déjà là, non l’œuvre du fascisme ou du nazisme, qui vinrent après le massacre des prolétaires, mais bien l’œuvre de la social-démocratie.

6 La constitution par Martinez Barrio d’un gouvernement républicain plus modéré, voire même conservateur, dura deux journées, les 18 et 19 juillet 1936. Il s’agissait de la dernière tentative du pouvoir républicain d’éviter la guerre civile, en ménageant les généraux franquistes dans l’espoir qu’ils abandonnent leur projet de coup d’état.

7 Lluis Companys et José Giral (tous deux membres de la Gauche républicaine) furent respectivement les chefs des gouvernements de Catalogne et de l’Espagne républicaine. Companys occupa ce poste durant toute la durée de la guerre, tandis que Giral ne fut premier ministre que dans les premiers mois du conflit.

8 Les villes de Badajoz, d’Irun et de Saint Sébastien tombèrent aux mains des franquistes au début de la guerre d’Espagne. En revanche, les milices résistèrent à Madrid, où une stabilisation du front s’établit jusqu’à la fin du conflit.

9 Le POUM eut, comme les anarchistes, sa place dans un gouvernement : Andrès Nin fut ministre de la Justice dans la Généralité de Catalogne. Il fut évincé en décembre 1936, à la demande du PSUC et sous pression de l’URSS.

10 Les armées de Franco s’emparèrent de Malaga en février 1937, mais échouèrent en mars à Guadalajara, qui fut la dernière grande victoire du camp républicain.

11 L’URSS fut le principal fournisseur d’armement et de matériel militaire du camp républicain. L’influence des soviétiques dans les gouvernements de Valence et de Catalogne fut de plus en plus importante et devint totale dans la période qui suivit mai 37: écrasement des prolétaires en Catalogne, élimination du POUM, destruction des collectivités communistes en Aragon et, pour finir, accession de Juan Negrin à la tête de l’État (socialiste mais inféodé au Kremlin) et mainmise dans l’armée populaire.

12 Il doit s’agir du 3 mai 1937, qui correspond à la prise du central téléphonique de Barcelone par les troupes du PSUC, et constitue le déclenchement de l’insurrection.

13 Le siège du gouvernement franquiste fut Salamanque, puis Burgos dès l’été 1937.

14 Camillo Berneri, militant anarchiste italien, fut assassiné dans la nuit du 5 au 6 mai 1937 à Barcelone, en même temps que son camarade Francisco Barbieri. La responsabilité de cet assassinat n’a jamais été formellement établi mais la plupart des études et des personnes interrogées pointent le rôle du PSUC ou du NKVD (la police secrète soviétique). Les staliniens, dont Berneri avait fait la critique, n’ont jamais revendiqué le meurtre, mais certaines déclarations de leur part sont ouvertement des réjouissances à l’annonce de sa mort.
Un hommage lui est rendu en fin du numéro 41 de la revue Bilan. On peut y lire l’extrait suivant :

« Berneri, un chef des anarchistes ? Non, parce que même après son assassinat, la C.N.T. et la F.A.I. mobilisent les ouvriers sur le danger de leur évincement d’un gouvernement qui est recouvert du sang de Berneri. Ce dernier avait cru pouvoir s’appuyer sur l’école anarchiste pour contribuer à l’œuvre de rédemption sociale des opprimés, et c’est un ministère comprenant des anarchistes qui a lancé l’attaque contre les exploités de Barcelone ! »

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